Bande Dessinée-Tintin-Hergé

Posted on 14 juni 2012

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«J’ai vu des gens qui ont presque bâti leur vie avec Tintin, pour que cela représentait quelque chose dans leur jeunesse”.

Le mythe dans son acception sécularisée s’applique à tout phénomène de fascination collective : il y a le mythe de Paris, le mythe Sagan… En ce sens on peut parler du mythe Tintin : les millions de lecteurs, ceux de qui la lecture des albums qu’Hergé a orienté et nourri la vie en sont les témoins. “Je vous demande, cher Tintin, de m’envoyer des oranges bleues”, écrit un enfant.

Même ceux qui vivent à la périphérie de leur être gardent cachés dans un repli quelques résidus mythologiques. Parfois ils se réveillent, secoués par une sensation très vive. C’est “l’image du Paradis perdu lachée tout à coup par la musique d’un accordéon” (Mircéa Eliade).

“Quelle nostalgie dans cette musique”, dira Tintin. “Ah, la joie d’allumer un feu et d’y faire rôtir des châtaignes. C’est l’éternelle nostalgie de la pureté”. Chacun, même le plus imperméable au rêve, a trouvé dans Tintin un tremplin pour un bond dans le paradis, ne fut-ce que celui de l’enfance.

Mais ici, avec les Aventures de Tintin, prises synchroniquement, il y a bien plus : nous sommes en face d’une dramaturgie de la vie intérieure, d’une histoire poétisée ainsi que d’une philosophie de la vie et d’une vision du monde portée par des symboles et des métamorphores.

Tintin a peu à nous dire sur les choses, car il ne parle pas à notre raison. Par contre, il nous communique la réalité humaine en éveillant notre imaginaire par de belles images, nous proposant des chemins vers l’intérieur, vers un salut.

Hergé, sans trop le savoir, car il n’était “pas touché par les contes et les légendes” a édifié un mythe : en unifiant les aventures par la refronte de certains albums, en universalisant le personnage principal ; en le montrant même, lors des Joyeuses Entrées; en étant présent lui-même dans certaines cases pour authentifier le récit  ; en rappelant, comme Balzac des personnages anciens dans les nouveaux albums ; en insérant de nombreuses coupures de journaux ; en incarnant son histoire dans les événements les plus contemporains.

Il est émouvant de remarquer que toutes les aventures de Tintin se déroulent entre la première case des Soviets qui est une invitation à partir : “Bon Voyage ! Fais tes adieux !” et la dernière case de l’Alph-Art : “Allons, debout ! En avant ! L’heure a sonné de vous transformer en César”.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un écrivain ou un journaliste ne fasse référence à Tintin, Tournesol, Haddock… C’est cependant le quotidien Libération, à la mort d’Hergé, qui a les plus magnifié le mythe Tintin.

Et c’est parce que Tintin est immortel qu’on avait imaginé qu’Hergé l’était lui aussi.

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