…..Ne penser qu’à “ne plus penser”

Posted on 8 juni 2012

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« La seule manière de cesser de souffrir, c’est de n’avoir plus que du vide dans la tête.  »

Amélie Nothomb

Tenter de ne pas penser

dimanche 24 février 2008, par Hobbit

{{ C’est une expérience vers la limite. Ne pas penser du tout, dès lors qu’on est éveillé et en possession de ses moyens, on n’y arrive pas, ou fort peu de temps. Il ne peut donc y avoir que des tentatives. Mais elles se prolongent plus ou moins loin. Elles s’approchent plus ou moins de l’impossible. Pourquoi ne pas penser est-il impossible ? }}

Expérience : N°38 – Durée : 10 à 30 minutes – Effet : nul Une telle expérience nous tirerait hors de l’humain, nous ferait échapper au grouillement incessant de langage. Nous basculerions du coté de l’hébétude, de la vie pure, instantanée, animale. Ou bien, ce qui peut revenir finalement au même, nous tomberions du coté divin, sans fond, abyssal, mutique. Il se pourrait que la pensée soit un bricolage de l’entre-deux. Ni tout à fait divine ni seulement hébétée. Une certaine façon de ramer entre l’éternité et l’instant. Ou bien entre le silence et les mots, la présence et l’absence, l’etre et le néant…  En tout cas, ça ne s’arrête pas définitivement. Il ne peut être question que d’interruption passagères, circonscrites. Elles sont possible, elles valent d’être expérimentées. Pour s’y aventurer, il faut opérer petit à petit. Par tranches, par étapes. La première conditions est de ne pas se crisper, de laisser faire. La volonté, ici, ne peut agir que de biais, de manière indirecte. Ce n’est pas un projet qu’il s’agit de réaliser, et il n’est pas souhaitable, on s’en doute, de penser qu’on ne pense pas. Mieux vaut savoir qu’on échouera. On sera toujours, à un moment ou à un autre, rattrapé par une pensée. L’échec est sur. Tout progrès a donc une valeur en soi. L’entrainement le plus efficace consiste à laisser passer les pensées. Ne pas les empêcher (c’est impossible), ne pas s’y accrocher (c’est possible). Considèrent leur passage comme celui des nuages, inévitable et lointain. Pratiquer l’indifférence du ciel. Se faire clair, obstinément, sans prendre garde à ce qui défile. Rester dans le bord, en dessous du cadre, l’œil ouvert sur ce qui est devant. Et c’est tout. Avoir encore des sensations (les couleurs, la lumière, le souffle, le peau, les muscles, les bruit alentour), mais ne pas les intégrer dans une conscience, a fortiori dans une idée ou un discours. Et finalement certaines fois, par brides, parvenir à avancer jusqu’au ciel clair, à la lumière vide, sans agitation, sans forme. Ces courtes réussites peuvent avoir de longues conséquences. Leurs répercussions vont fort au-delà des moments ou elles ont lieu. Même s’il est unique, elles demeurent. {{ {Roger-Pol Droit} }}

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