Actualité-Politique-Libye : Mouammar Kadhafi, du révolutionnaire au despote

Posted on 23 februari 2011

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Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi est en place depuis 42 ans, ce qui en fait le plus ancien des chefs d’Etats arabes. Retour sur le parcours et la personnalité hors normes du Guide de la révolution.

Le colonel Kadhafi à Tripoli, le 13 février 2011 (© AFP)22.02.2011
Par Laure Constantinesco

En 1969, lorsqu’il défait le roi Idris Ier, Kadhafi a 27 ans. La Libye est alors un pays peu peuplé, essentiellement de tribus nomades, et indépendant depuis 1951. Le jeune capitaine appartient à un groupe d’officiers libres, comme Gamal Abdel Nasser, le chef d’État égyptien, leader des non alignés, à qui il dédie d’ailleurs sa révolution. Le capitaine Kadhafi s’octroie le grade de colonel, un grade qu’il conserve jusqu’à aujourd’hui. Il faut attendre 1977 pour qu’il devienne vraiment populaire : il appelle alors le peuple libyen à faire une démocratie directe, la fameuse “Jamahiriya”. Le modèle Kadhafi est un mélange inédit de socialisme, d’islamisme et même de féminisme. Les journalistes occidentaux se précipitent alors à Tripoli, séduits par ce jeune, fougueux et bel homme, un nouveau type de dirigeant.

Les Libyens se rangeront autour de lui et se constitueront en comités révolutionnaires, qui remplacent les partis politiques. Avec le temps, l’idée s’est évidemment corrompue. Ces comités sont devenus la base sur laquelle s’assoit le système Kadhafi, au final un parti unique dans lequel on n’entre que coopté.

Fort de son charisme et grâce à ses milliards de pétrodollars (le pays est le premier producteur africain), Kadhafi entreprend des travaux titanesques dans le désert libyen. il crée d’immenses fermes collectives qui permettent au pays une certaine autosuffisance agricole. Mais en même temps, il change progressivement de cap et commence à financer le terrorisme : « Kadhafi n’avait rien contre l’Occident en soi, mais il s’opposait à une forme unique d’autorité » explique Bruno Callies-Salies, professeur et spécialiste du monde arabe. En parallèle, le colonel s’engage dans tout ce que l’Afrique compte de conflits et devient le champion de l’aide logistique aux combattants palestiniens ou aux ultras de la gauche européennes, tels la Fraction armée rouge. Bref, Kadhafi provoque l’Occident.

Le 5 avril 1986, une bombe éclate dans une discothèque fréquentée par des soldats américains à Berlin-Ouest. C’est la goutte d’eau pour les Américains. Ronald Reagan tient la Libye pour responsable et fait bombarder les résidences de Kadhafi dans les villes de Tripoli et Benghazi. L’opération se solde par la mort de dizaines de civils, dont la fille adoptive du dirigeant libyen.

Suivront deux attentats qui deviendront tristement célèbres : en 1988 celui de Lockerbie en Ecosse contre un Boeing 747 de la Panam (270 morts) et en 1989 celui contre le DC10 français d’UTA au Niger (170 morts).

En 1992, suite au refus libyen d’extrader ses ressortissants coupables dans ces deux affaires, l’ONU met en place un embargo aérien et militaire contre la Libye, assorti de sanctions économiques.

Des années de négociations, incluant un recours judiciaire auprès de la Cour Internationale de justice et le paiement de lourdes indemnités aux victimes des deux attentats seront nécessaires à Kadhafi pour revenir dans le concert des nations. En 2004, l’embargo est levé. Le colonel redevient fréquentable.

Mouammar Kadhafi est une personnalité hors normes, un « véritable animal politique » pour Bruno Callies-Salies, professeur et spécialiste du monde arabe. « Cela fait 42 ans qu’il s’est maintenu au pouvoir coûte que coûte ! S’il était mauvais, il ne serait plus là aujourd’hui. Il a su s’adapter. »

Comme le dit au Monde le journaliste Antoine Vitkine, auteur du documentaire Kadhafi, notre meilleur ennemi, le colonel reste l’homme fort du régime : « Au sein même de l’Etat, Kadhafi s’appuie alternativement sur les courants modérés et les radicaux, chacun regroupés autour d’un de ses fils. Il joue depuis des années à monter les uns contre les autres pour asseoir son autorité.(…) De la santé de Mouammar Kadhafi dépendra sa capacité à surmonter les divisions entre les clans. »

Source: TV5MONDE